Mon année de T2 en CP-CE2

Publié le 10 juillet 2024 à 10:04

Le mouvement

Après une année de T1 loin de chez moi, dans un autre département, j'ai enfin obtenu ma mutation dans mon département d'origine. Pour cela, j'ai dans un premier temps participé au mouvement inter-départemental (changement de département) pour lequel j'ai obtenu 150 points au titre du rapprochement de conjoint : la distance entre mon école d'affectation et le lieu de travail de mon conjoint est de plus de 40 km. Pour cela, il faut justifier de plusieurs choses : un mariage ou un PACS conclut avant le 1er septembre de l'année en cours, l'arrêté d'affectation et le justificatif de travail du conjoint sur lequel figure l'adresse de son lieu de travail. Les documents étaient à transmettre via l'application "Colibris".

Grâce à ces 150 points, j'ai obtenu ma mutation dans le département où je vis. A la suite de cela, j'ai participé au mouvement départemental (pour obtenir un poste) vers mars-avril. Etant participante obligatoire, puisque j'arrivais dans le département, j'ai dû formuler 50 vœux dont 5 vœux "MOB" (=mobilité obligatoire). Ces vœux MOB correspondent à des groupes de postes dans des zones géographiques assez larges, le plus souvent sur des types de postes ou des localisations moins demandées.  Le nombre de vœux total dépend des départements, de même pour les MOB. Pour savoir ce qui vous concerne, il faut consulter la circulaire du mouvement de votre département.

J'ai donc fait 45 vœux sur des postes précis et 5 vœux MOB. J'ai choisi plusieurs critères de classement de mes vœux, par priorité :

  1. la distance par rapport à mon domicile
  2. le type de poste (adjoint, TR, ASH, etc.)
  3. le niveau d'enseignement (élémentaire ou maternelle)

Pour m'aider à tout classer, j'ai utilisé un tableur Excel dans lequel j'ai renseigné le numéro du poste (à mettre dans la liste des vœux), la localisation, le type de poste, la distance par rapport à mon domicile? Ensuite j'ai trié automatiquement les vœux par ordre croissant en respectant mes 3 critères. J'ai également procédé ainsi à l'intérieur des MOB, groupes que j'ai placés touuuuuut à la fin de ma liste.

Cela représente au total entre 200 et 400 vœux quand on compte les postes précis et les postes à l'intérieur des MOB. Après tout cela vient l'attente des résultats qui tombent début juin à peu près. Si j'obtiens alors un poste, ce sera à titre définitif : jusqu'à ce que je décide de participer à nouveau au mouvement de mon plein gré ... mais je n'obtiens pas de poste ! Me voici donc à nouveau dans l'attente (qui peut durer jusqu'à une semaine après la rentrée) jusqu'à mi-juillet lorsque l'on m'affecte à titre provisoire sur un poste d'adjoint à 15 minutes à pieds de chez moi, dans une école au public aisé... le rêve ! Malheureusement l'école est fermée et le directeur en vacances, je n'obtiens donc des infos sur ma classe que début août : j'aurai une classe atypique de CP-CE2 avec 28 élèves dont 3 ULIS en inclusion.

La préparation de la classe

Je m'attelle alors à la préparation de ma classe, et je commence par réfléchir à un emploi du temps. Pour cela, je me réfère aux horaires d'enseignement à l'école élémentaire et j'utilise le site teetsh. qui me permet d'organiser l'EDT tout en suivant bien le respect des horaires par matière. J'utilise également les exemples d'emploi du temps des méthodes que j'ai choisies : Taoki (CP) et Dictée et histoire des arts (CE2) en français, Maths au CP et Maths au CE2 en maths. Le choix des méthodes s'est fait grâce aux échanges avec ma collègue de CE1 et en fonction du budget de classe/des méthodes déjà présentes à l'école.

 

Après ça, je farfouille dans les différents blogs à ma disposition pour trouver une organisation dans ce double niveau atypique. Je prévois donc beaucoup d'ateliers autonomes, en lien avec les méthodes choisies, car lorsque je serai avec un groupe, l'autre devra pouvoir travailler seul. Pour cela j'ai utilisé notamment les blogs de Charivari, Bout de Gomme, IPOTÂME, du Chat noir. Je passe un temps fou à imprimer, découper, plastifier, organiser tous ces ateliers, mais aussi à écrire mes progressions et programmations en intégrant ces ateliers autonomes et à préparer un carnet de suivi de ces ateliers qui me servira à évaluer les élèves. Je prévois aussi des rituels et autres activités à faire en classe entière pour favoriser la cohésion du groupe : lecture offerte, travail en binômes, projets d'arts, conseil de classe, EPS, tutorat CP/CE2 etc.

Enfin, je peux visiter ma classe. Bonne nouvelle : elle est grande ! Mauvaises nouvelles : tableau à craie, pas de vidéoprojecteur, aucun jeu, aucun matériel collectif, aucun livre dans la bibliothèque. Avec l'aide de mon conjoint, je déplace les meubles afin de créer 3 espaces : un coin regroupement, un coin CP et un coin CE2 + une étagère pour les ateliers autonomes. Je passe donc une commande en comptant chaque  centime, en adaptant mes envies/prévisions d'organisation au budget : moins de cahiers, plus de classeurs, mais aussi des jeux, du matériel collectif et du matériel de base pour l'art visuel. J'investis également mon argent personnel : des jeux et livres achetés en vide-greniers ou ressourceries, des boites de rangement et du petit matériel dans des enseignes discount mais aussi des fiches pour plastifieuse, une plastifieuse et un vidéoprojecteur personnel.

Ce fût un marathon de tout préparer, mais je suis contente de moi et tout est prêt pour la rentrée, même si la commande n'arrivera pas tout de suite. En attendant, j'ai récupéré des cahiers à droite à gauche pour pouvoir commencer l'année.

La rentrée et la première période

La rentrée arrive, et je suis ravie d'avoir ma classe, de pouvoir enfin mettre un visage sur les noms de mes élèves. Dès le début, je prends une première claque : le jugement des parents qui me dévisagent, me questionnent voir remettent en doute mes compétences du fait de ma jeunesse, et se plaignent de ce double niveau atypique. Je les rassure comme je peux, sans trop en dire sur mon ancienneté, mon parcours.

Une fois les parents partis, la gestion du groupe me rattrape rapidement : les élèves sont extrêmement bruyants, les CP font un peu ce qu'ils veulent (des restes du fonctionnement des collègues de maternelle). Malgré tout, je tiens les rênes, les élèves restent très sympathiques et travaillent bien (malgré le bruit) et moi je finis la journée rincée, épuisée comme jamais je l'ai été, mais ravie ! 

Au fil des jours, je repère des choses qui fonctionnent et d'autres pas. Les CP manquent cruellement d'autonomie : j'achète (argent perso encore) des barquettes en plastiques à leur nom pour leur travail autonome : fini les "maitreeeeesse, je la mets où ma feuuuuille". La disposition de la classe me convient tout à fait, mais je me heurte à une plus grande difficulté : le niveau des élèves. Ils sont excellents dans la très grande majorité. Cela me pose problème oui, car toutes les activités que j'ai passé l'été à préparer ne correspondent pas à leur niveau. Elles sont trop simples pour eux, et ils les réalisent en un rien de temps. Résultat : quand j'avais prévue une activité autonome de 20 minutes pour les CP, ils l'achèvent en une ou deux minutes et je n'ai pas le temps pour faire la séance prévue avec les CE2. Deuxième claque. Je passe alors énormément de temps les soirs, mercredis et week-end à tout reprendre à 0 pour tout réadapter. La période 1 se déroule à un rythme effréné, dans le bruit, l'urgence. J'ai l'impression de ne rien maitriser, de délaisser les CE2 et je suis épuisée et débordée, mon bureau est un bazar sans nom.

L a suite de l'année

Je prépare mieux la suite de l'année, je prévois un système de suivi du comportement que nous voterons avec les élèves. Je souhaite les impliquer dans la gestion du bruit, les rendre plus autonomes. Je refais mes ateliers autonomes et les livrets de suivi. 

J'échange aussi beaucoup avec mes collègues, notamment celle de la classe de CE1 à côté. Je me remets en question, on me rassure et on me donne des conseils, des idées pour mieux gérer. La question de la gestion du bruit revient très souvent, même en RDV parents. Je fais face à un constat : mes ateliers autonomes ne fonctionnent pas, les élèves ne respectent pas le matériel ni le travail des autres. J'en viens à renoncer à tout ce qui me tenait à cœur : le libre choix des activité, les jeux pédagogiques, la bibliothèque en libre accès. Troisième claque.

Nous en discutons ensemble lors des conseil et nous adoptons le système des ceintures de comportement. Au départ, les seules activités libres après un travail terminé sont la lecture en silence d'un livre à sa place avec fiche de lecture obligatoire et des coloriages magiques à faire en silence absolu. Peu à peu, je réintroduis les jeux : les jeux individuels à faire en silence à sa place, puis ceux en binômes dans un coin de la classe et enfin ceux à 3 ou 4 à faire dans le couloir. Chaque non respect du calme entraine la suppression du jeu collectif pour les élèves concernés. C'est fastidieux, cela ne correspond pas à ce que j'avais imaginé pour eux, mais cela fini par payer : ils constatent d'eux-mêmes qu'ils travaillent mieux quand il y a le calme, et ils ont envie de pouvoir accéder aux ateliers autonomes plus ludiques.

Il m'aura fallu toute l'année pour commencer à trouver le rythme et le fonctionnement qui marche, mais j'ai réussi. Les élèves ont appris et progressé, et les parents qui questionnaient tout sont finalement contents de moi et de leur enfant et de leur progrès.

La quatrième claque a été l'énorme masse administrative à gérer quand on a sa classe : gestion du budget, RDV parents, APC, évaluations nationales, formulaires divers et variés pour les sorties, questionnaires harcèlement. Sans parler des correction, de l'adaptation pour les élèves en inclusion, les équipes éducatives (EE) et les équipes de suivi de scolarité (ESS).

Cette année m'a enseigné énormément de choses : sur la gestion du groupe, sur la façon de préparer ma classe, à ne pas trop préparer avant la rentrée, à mieux m'organiser administrativement. Je suis ressortie épuisée, mais satisfaite de ma progression personnelle.

Et à nouveau est venue l'heure du mouvement, toujours participante obligatoire...

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